L’Invitation

Un film d’Olivia Wilde

Plus connue comme comédienne, Olivia Wilde nous propose ici son troisième long-métrage en tant que réalisatrice. Après avoir mis en scène une comédie en 2019 avec Booksmart, pour ensuite aborder le genre du thriller avec Don’t Worry Darling en 2022, elle revient à la comédie avec L’Invitation.

D’elle on avait surtout le souvenir du personnage du Docteur Remy, alias numéro 13, qu’elle avait interprété dans la série Dr House pendant 5 années, ou de son rôle de Quorra, le programme informatique ami du héros de Tron : L’Héritage en 2010, de celui de l’extra-terrestre venu sauver sa planète dans le western de science-fiction Cowboys et Envahisseurs en 2011, ou encore de la mère endeuillée dans Medowland en 2015. Olivia Wilde revient à la mise en scène avec une maîtrise qui fait plaisir à voir. Cela fait bien longtemps que l’on n’avait pas vu une comédie dramatique pour adultes aussi sensible et aboutie.

Le film s’articule autour de quatre personnages vivant dans le même immeuble à San Francisco. Deux couples, d’un côté Joe et Angela, de l’autre le couple invité, composé de Hawk et Pina. L’Invitation tient à la fois de la pièce de théâtre et du huis clos. L’histoire débute sur les maîtres de maison qui s’apprêtent à recevoir leurs voisins. Ou plutôt la maîtresse de maison, Angela (Olivia Wilde, très juste), qui a décidé de les inviter après en avoir parlé à Joe il y a longtemps. Autant dire que Joe (Seth Rogen, toujours aussi à l’aise dans la comédie acidulée), qui rentre juste de son travail, ne manifeste pas un enthousiasme débordant à l’idée de recevoir des inconnus dans sa routine quotidienne. Mais il n’aura pas réellement le choix, les convives sont sur le point d’arriver…

L’introduction est rapide. Rentré du travail Joe a en effet à peine le temps de se déchausser qu’Angela lui annonce la bonne nouvelle. Il n’en revient pas ! Commence alors un jeu entre les deux époux, au cours duquel Joe promet de faire des efforts pour ne pas évoquer LE point qui fâche : les bruits particulièrement énervants et gênants qui émanent de l’appartement de Pina (Penélope Cruz) et Hawk (Edward Norton) depuis leur arrivée dans l’immeuble. Et qui réveillent régulièrement Angela et Joe. Le couple a le temps de se chamailler, jusqu’à un crescendo interrompu par une sonnerie à la porte. Pina et Hawk sont là, derrière la porte, et ont tout entendu.

Dès les premiers échanges, tout en finesse et sous-entendus, le ton est donné. Olivia Wilde a choisi de nous inviter à une soirée imprévisible, où les joutes verbales le disputeront à un subtil jeu de la séduction. Une fois le secret de Pina et Hawk dévoilé, les comportements d ‘Angela et Joe vont s’exprimer autrement. Bien aidés par la marijuana et l’alcool, le couple hôte va se laisser convaincre d’exprimer ses plus profonds désirs face à des voisins pour le moins originaux. Olivia Wilde filme son histoire comme une thérapie de couple originale.

La sensibilité de Pina lui permet de comprendre ce qui ne fonctionne pas, ou plutôt plus dans le couple formé par Angela et Joe. En les confrontant à leurs peurs elle va les faire s’ouvrir l’un à l’autre, pour se retrouver, ou au contraire les pousser à prendre un nouveau chemin en se séparant. Dans les deux cas, la réalisatrice Olivia Wilde leur montre la voix pour sortir de l’immobilisme qui les paralyse depuis si longtemps.

L’Invitation est une comédie dramatique comme on aimerait en voir plus souvent, quelque chose qui dépasse les (bonnes) comédies romantiques américaines et leur lot de bons sentiments un peu rabâchés. Le rire est souvent présent, mais le spectre du quotidien, pas toujours rose, n’est jamais loin. Le film est porté par une interprétation d’une justesse bluffante. Olivia Wilde incarne une Angela hyper stressée, organisée à l’excès et à fleur de peau (voir ses mimiques si expressives) alors que face à elle Seth Rogen donne vie à Joe avec ses faux airs de gros nounours contrarié. Mais ici le comédien porte encore plus haut sa panoplie comique (voir 40 ans et toujours puceau, En cloque, mode d’emploi, Délire Express, Nos pires voisins, The Fabelmans) en lui ajoutant une nuance tragique.

Pour donner la réplique au duo, la réalisatrice a pensé à un excellent tandem. Edward Norton dans le rôle de Hawk, et Penélope Cruz dans celui de Pina. Le premier interprète un mâle alpha plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord, tandis que Penélope Cruz exprime une sensibilité et une fougue typiquement latine. Le contrepoids parfait à la torpeur dans laquelle se sont enfermé depuis longtemps leurs gentils voisins névrosés. Quand la soirée se terminera les voisins auront joué leur rôle… A Angela et Joe de faire de même…

Jérôme Magne

Publié le
Catégorisé comme Cinéma