{"id":104,"date":"2022-02-27T16:23:33","date_gmt":"2022-02-27T16:23:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.moviescope.fr\/?p=104"},"modified":"2022-02-27T16:23:33","modified_gmt":"2022-02-27T16:23:33","slug":"29eme-festival-international-du-film-fantastique-de-gerardmer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.moviescope.fr\/?p=104","title":{"rendered":"29\u00e8me Festival International du Film Fantastique de G\u00e9rardmer"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La Perle des Vosges rouvre ses salles aux amateurs de sensations fortes. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"275\" height=\"183\" src=\"https:\/\/www.moviescope.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Gerardmer2022-3.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-108\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, le festival s\u2019\u00e9tait trouv\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 un adversaire de taille, le COVID. La pand\u00e9mie s\u2019\u00e9tait install\u00e9e durablement dans nos vies, et avait failli priver les amateurs de films de genre de leur frisson annuel. C\u2019\u00e9tait sans compter sur la volont\u00e9 des organisateurs, qui avaient r\u00e9ussi \u00e0 maintenir la manifestation en la proposant en format d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9. Un festival int\u00e9gralement en ligne, histoire de montrer que G\u00e9rardmer n\u2019avait pas dit son dernier mot et qu\u2019il en faudrait plus pour annuler l\u2019\u00e9v\u00e9nement. En agissant de la sorte les organisateurs d\u00e9montraient leur courage et leur envie, permettant par la m\u00eame occasion de faire d\u00e9couvrir le festival \u00e0 un nouveau public qui n\u2019avait jamais fait le d\u00e9placement au coeur des Vosges. Une ann\u00e9e donc \u00e0 part, en rien comparable aux pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En cette fin de mois de janvier 2022 le festival a r\u00e9investi les salles, un soulagement pour les habitu\u00e9s. Car le spectre de la pand\u00e9mie n\u2019\u00e9tait jamais loin, et jusqu\u2019au bout l\u2019incertitude quant au maintien de l\u2019\u00e9v\u00e9nement a plan\u00e9 dans l\u2019esprit du public. Le festival a pu avoir lieu, et les spectateurs \u00e9taient au rendez-vous. La fr\u00e9quentation \u00e9tait bonne, identique \u00e0 2020, ce qui \u00e9tait surprenant vu les contraintes de pass vaccinal + gestes barri\u00e8res impos\u00e9s aux spectateurs (masque obligatoire dans les salles de projection, restaurants, bars, lieux ferm\u00e9s\u2026.). Mais les amateurs \u00e9taient bel et bien pr\u00e9sents, avec toujours le m\u00eame enthousiasme et cette capacit\u00e9 inimitable \u00e0 chauffer les salles.salles. Avec 10 films en comp\u00e9tition le festival avait vu grand, et les membres des jurys avaient tous r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019appel. Julie Gayet \u00e9tait la pr\u00e9sidente du Jury Comp\u00e9tition longs-m\u00e9trages. Elle \u00e9tait assist\u00e9e de Gr\u00e9gory Montel, Alexandre Aja (un habitu\u00e9 du festival), Suliane Brahim, Val\u00e9rie Donzelli, M\u00e9lanie Doutey, Bertrand Mandico et Pascal-Alex Vincent. Pour la comp\u00e9tition courts-m\u00e9trages, c\u2019\u00e9taient les jumeaux Ludovic et Zoran Boukherma (ils nous avaient donn\u00e9 l\u2019excellent <em>Teddy<\/em> l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 G\u00e9rardmer) qui se chargeaient de la pr\u00e9sidence. Ils \u00e9taient assist\u00e9s de Shirine Boutella, Sa\u00efda Jawad et Antonin Peretjatko.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>JOUR 1.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On a commenc\u00e9 notre journ\u00e9e avec <em>She Will<\/em>, un film du Royaume-Uni mis en sc\u00e8ne par Charlotte Colbert et s\u00e9lectionn\u00e9 dans le cadre de la comp\u00e9tition officielle. Lors de sa premi\u00e8re projection \u00e0 l\u2019Espace Lac, la com\u00e9dienne principale, Alice Krige, est mont\u00e9e sur la sc\u00e8ne pour pr\u00e9senter le film. Le long-m\u00e9trage invite le spectateur \u00e0 partager le voyage d\u2019une ancienne star vieillissante au c\u0153ur d\u2019une nature \u00e0 la fois apaisante et insidieusement mena\u00e7ante. Accompagn\u00e9e d\u2019une assistante d\u00e9vou\u00e9e, Veronica Ghent va faire face \u00e0 un ancien traumatisme qui ne l\u2019a jamais quitt\u00e9e. Les lieux ont \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre de sorcellerie et de la r\u00e9pression de celle-ci, et la venue de Veronica va lui permettre de remettre les compteurs \u00e0 z\u00e9ro avec une vieille connaissance. Tr\u00e8s habile dans le sous-entendu, <em>She Will<\/em> nous permet de croiser cette vieille trogne de Malcolm McDowell et de partager la psych\u00e9 \u00f4 combien perturb\u00e9e de son personnage principal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le second film de cette premi\u00e8re journ\u00e9e \u00e9tait une production franco-s\u00e9n\u00e9galaise pr\u00e9sent\u00e9e hors comp\u00e9tition, <em>Saloum<\/em>. L\u00e0 encore, une partie de l\u2019\u00e9quipe du film \u00e9tait venue pr\u00e9senter le film sur la sc\u00e8ne du Lac, le r\u00e9alisateur Jean-Luc Herbulot n\u2019ayant pu faire le d\u00e9placement dans la Perle des Vosges. Le producteur Alexis Perrin et le com\u00e9dien principal Yann Ga\u00ebl avaient expliqu\u00e9 la gen\u00e8se du film \u00e0 un public toujours accueillant. Le long-m\u00e9trage s\u2019articulait autour de la cavale d\u2019une \u00e9quipe de mercenaires \u00e0 travers la Guin\u00e9e Bissau, la Gambie et le S\u00e9n\u00e9gal. Pr\u00e9sent\u00e9e au d\u00e9part comme sanguinaire, l\u2019\u00e9quipe serait progressivement humanis\u00e9e, notamment par sa confrontation \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements surnaturels. Issus du folklore africain, ceux-ci envahiraient peu \u00e0 peu le film et se mettraient en travers de la route de personnages devenus attachants. En un peu plus d\u2019une heure vingt, Saloum propose un \u00e9tonnant m\u00e9lange des genres qui fonctionne bien. Un film fantastique en langue fran\u00e7aise que l\u2019on aimerait bien voir distribu\u00e9 dans les mois qui viennent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Troisi\u00e8me projection de la journ\u00e9e, le film ta\u00efwanais <em>The Sadness<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9 en comp\u00e9tition du festival. Alors l\u00e0 m\u00eame les plus fatigu\u00e9s des spectateurs ne risquaient pas de s\u2019assoupir, tant le long-m\u00e9trage proposait un cocktail survitamin\u00e9 \u00e0 base de gore (beaucoup) et de sexe (un peu). Dans cette sombre histoire de virus qui se propage dans les rues de Ta\u00efwan, nous suivons la course effr\u00e9n\u00e9e de Jim et Kat, deux jeunes amoureux que les \u00e9v\u00e9nements ont s\u00e9par\u00e9s et qui cherchent \u00e0 se retrouver au milieu du chaos ambiant. Le metteur en sc\u00e8ne Rob Jabbaz n\u2019y va pas par quatre chemin et n\u2019a pas peur de l\u2019outrance. Cela tombe bien, les amateurs viennent aussi pour cela, \u00e0 G\u00e9rardmer&nbsp;! Avec <em>The Sadness<\/em> Rob Jabbaz atteint plusieurs objectifs&nbsp;: il parvient \u00e0 choquer (la projection \u00e0 l\u2019Espace Lac a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement perturb\u00e9e par l\u2019\u00e9vacuation d\u2019une spectatrice faisant un malaise suite \u00e0 l\u2019accumulation se sc\u00e8nes-choc), ce qui est un des imp\u00e9ratifs du sous-genre des \u00ab&nbsp;films d\u2019infect\u00e9s&nbsp;\u00bb tout en d\u00e9bordant sur des terrains plus sensibles, sans para\u00eetre ridicule. Il y a ainsi une forme de po\u00e9sie dans la trag\u00e9die que nous fait partager le film, m\u00eame si celui-ci est devenu plus c\u00e9l\u00e8bre pour son horreur d\u00e9complex\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La quatri\u00e8me projection \u00e9tait l\u2019occasion de retrouver Paco Plaza, 14 ann\u00e9es apr\u00e8s son passage fracassant \u00e0 G\u00e9rardmer avec le premier <em>REC<\/em> (r\u00e9compens\u00e9 par 3 Prix \u00e0 l\u2019\u00e9poque, celui du Jury, du Jury Jeunes, et du Public), cor\u00e9alis\u00e9 avec Jaume Balaguero. Le r\u00e9alisateur \u00e9tait dans la salle, il est mont\u00e9 sur la sc\u00e8ne du Lac afin de pr\u00e9senter <em>La abuela<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9 en comp\u00e9tition. Son film nous a embarqu\u00e9 dans un cauchemar \u00e9veill\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s de son personnage principal, Susana, mannequin sur le point de percer dans le milieu parisien de la mode. Appel\u00e9e au chevet de sa grand-m\u00e8re (la abuela en question) qui a fait un avc, Susana doit rentrer \u00e0 Madrid pour s\u2019occuper d\u2019elle le temps de trouver une solution pour la prendre en charge. Et dans le grand appartement madril\u00e8ne, des souvenirs vont resurgir (Susana a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e par sa grand-m\u00e8re), et l\u2019a\u00efeule va sembler de moins en moins inoffensive. Apr\u00e8s une mont\u00e9e en puissance progressive, le film atteint un crescendo qui -bien qu\u2019un peu pr\u00e9visible pour les habitu\u00e9s- fonctionne tout \u00e0 fait. \u00c0 la fois gr\u00e2ce \u00e0 la mise en sc\u00e8ne et \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation de ses deux interpr\u00e8tes principales. Le film se cl\u00f4t sur une conclusion gla\u00e7ante, comme on les aime \u00e0 G\u00e9rardmer. Le film fut r\u00e9compens\u00e9 par le Prix du Jury (ex-aequo avec <em>SHAMAIN<\/em> de Kate Dolan).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a><\/a> Le cinqui\u00e8me (limite au nombre de r\u00e9servations quotidiennes en ligne possibles lors du festival) et dernier film de cette premi\u00e8re journ\u00e9e \u00e9tait un v\u00e9ritable OVNI. Il s\u2019agissait de <em>Mona Lisa and the Bood Moon<\/em> r\u00e9alis\u00e9 par la r\u00e9alisatrice am\u00e9ricaine d\u2019origine iranienne Ana Lily Amirpour (qui nous avait donn\u00e9 il y a d\u00e9j\u00e0 8 ans l\u2019\u00e9tonnant <em>A Girl Walks Home Alone at Night<\/em>, film de vampire en noir et blanc dans un enfer iranien). Le spectateur y suivait les errances d\u2019une jeune fille au coeur de la Nouvelle-Orl\u00e9ans. \u00c9chapp\u00e9e lors d\u2019une nuit de pleine lune d\u2019un h\u00f4pital psychiatrique o\u00f9 elle \u00e9tait enferm\u00e9e depuis plus de dix ans, Mona Lisa Lee est une jeune fille dot\u00e9e de pouvoirs paranormaux. Elle va d\u00e9couvrir un monde qu\u2019elle ne conna\u00eet pas et croiser des personnes plus ou moins bien intentionn\u00e9es. Emmen\u00e9e par une bande-son ph\u00e9nom\u00e9nale (le film a \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9 par le Prix de la Meilleure Musique), la cavale de Mona invite le spectateur \u00e0 une vision finalement optimiste du monde. Ana Lily Amirpour a fait un portrait de l\u2019innocence, confront\u00e9e \u00e0 l\u2019inconnu, mais sous l\u2019angle de la bienveillance. Avec ses personnages bien \u00e9crits (et un contre-emploi de Kate Hudson, ici \u00e0 des ann\u00e9es-lumi\u00e8re de ses r\u00f4les habituels) et ses \u00e9l\u00e9ments de com\u00e9die habilement m\u00eal\u00e9s au fantastique, <em>Mona Lisa and the Blood Moon<\/em> est une pellicule inclassable au style si particulier. Le film aurait bien m\u00e9rit\u00e9 un prix suppl\u00e9mentaire\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>JOUR 2<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re projection de cette seconde journ\u00e9e commen\u00e7ait avec un film d\u2019animation japonais de Takahide Hori intitul\u00e9 <em>Junk Head<\/em>. Il y \u00e9tait question de la survie de l\u2019esp\u00e8ce humaine dans un futur lointain. Les hommes sont devenus \u00e9ternels, mais ne peuvent plus se reproduire. Un humano\u00efde est envoy\u00e9 au plus profond de la Terre, afin de comprendre ce que sont devenus les madrigans, ces cr\u00e9atures cr\u00e9\u00e9es par l\u2019homme il y a bien longtemps afin de les servir. Dans ce voyage mouvement\u00e9, on croise de tout. Les personnages anim\u00e9s en stop-motion sont \u00e9tonnants (la cr\u00e9ature d\u2019<em>Alien<\/em> fait plusieurs apparitions remarqu\u00e9es, dans les obscures galeries que parcourt le \u00ab&nbsp;h\u00e9ros&nbsp;\u00bb), et s\u2019expriment via un m\u00e9lange de borborygmes incompr\u00e9hensibles, onomatop\u00e9es et sons \u00e9touff\u00e9s. Une ballade plut\u00f4t originale, mais peut-\u00eatre un peu trop longue pour son propre bien. Le film questionne sur la vie, la mort avec des personnages qui deviennent attachants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La seconde projection du jour allait prolonger l\u2019impression ressentie avec le pr\u00e9c\u00e9dent. Il s\u2019agissait du film <em>After Blue <\/em><em>(Paradis sale)<\/em>, le d\u00e9lire (sans connotation n\u00e9gative) propos\u00e9 par Bertrand Mandico. Dans ce film de science-fiction pr\u00e9sent\u00e9 hors comp\u00e9tition, Bertrand Mandico nous invitait \u00e0 rejoindre Roxy, fille de Zora, sur la plan\u00e8te After Blue. Sur cette plan\u00e8te uniquement peupl\u00e9e de femmes, Zora, jeune fille un peu fantasque, aurait commis l\u2019irr\u00e9parable, lib\u00e9rer une meurtri\u00e8re, Kate Bush (!!!) ensevelie jusqu\u2019au cou dans le sable au bord d\u2019une plage. Jug\u00e9e par ses pairs, elle devra partir \u00e0 sa poursuite pour l\u2019\u00e9liminer. Le long-m\u00e9trage de Bertrand Mandico se d\u00e9voile tr\u00e8s vite. Les premi\u00e8res images, les premi\u00e8res notes de musique nous indiquent que le film sera diff\u00e9rent du cin\u00e9ma mainstream. Si l\u2019histoire est abracadabrante, elle nous offre des tableaux visuels in\u00e9dits, certains somptueux, et les dialogues surr\u00e9alistes, parfois trop appuy\u00e9s et r\u00e9p\u00e9titifs ont pour effet de renforcer le d\u00e9calage que propose le film. Tout \u00e0 fait \u00e0 sa place \u00e0 G\u00e9rardmer,<em> After Blue<\/em> a suscit\u00e9 certaines r\u00e9actions (quelques spectateurs sont sortis de la salle au cours des 15 premi\u00e8res minutes), mais a laiss\u00e9 une impression \u00e9trange \u00e0 l\u2019issue de sa projection. Au point de se demander si on avait r\u00e9ellement assist\u00e9 \u00e0 certaines sc\u00e8nes, ou plut\u00f4t r\u00eav\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Troisi\u00e8me film du jour, le Hongrois <em>Post Mortem<\/em>, en comp\u00e9tition, dans lequel un jeune rescap\u00e9 de la Grande Guerre, Tomas, revient \u00e0 la vie civile comme photographe des d\u00e9funts. Il met en sc\u00e8ne ceux-ci dans des d\u00e9cors propres \u00e0 leur entourage, les clich\u00e9s prenant place ensuite dans les albums de famille. Revenu d\u2019entre les morts, Tomas croit au paranormal, et \u00e9prouve une r\u00e9elle empathie envers les morts. Ce qui l\u2019aidera beaucoup dans ce qui suivra. Son travail n\u2019est pas aussi macabre qu\u2019on pourrait le croire, il offre aux familles \u00e9prouv\u00e9es par le deuil une forme de r\u00e9confort, avec un tout dernier souvenir. Dans le village o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 les fant\u00f4mes des d\u00e9funts se manifestent. Ils commencent par semer le trouble, puis la mort. Tomas finira par comprendre ce qu\u2019ils veulent, et d\u00e9couvrira par la m\u00eame occasion sa v\u00e9ritable raison d\u2019\u00eatre, celle qui est devenue la sienne suite \u00e0 sa \u00abr\u00e9surrection dans les tranch\u00e9es\u00bb. Avec son histoire originale et ses moyens limit\u00e9s (mais largement suffisants), le r\u00e9alisateur hongrois P\u00e9ter Bergendy a r\u00e9ussi un subtil m\u00e9lange entre surnaturel et po\u00e9sie (voir les sc\u00e8nes o\u00f9 Tomas est aux c\u00f4t\u00e9s des familles ayant retrouv\u00e9 la paix) <em>Post Mortem<\/em> rel\u00e2che le spectateur sur une impression \u00e9trange, entre l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et exaltation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quatri\u00e8me film, <em>Censor<\/em> de la galloise Prano Bailey-Bond, pr\u00e9sent\u00e9 hors comp\u00e9tition. L\u2019histoire nous fait partager le quotidien d\u2019Enid Baines, fonctionnaire travaillant pour le bureau de la classification des films en Angleterre. Son r\u00f4le a la commission de censure est de s\u2019assurer que les films propos\u00e9s au public ne sont pas de nature \u00e0 le traumatiser ou le pousser \u00e0 la violence. Nous sommes en 1985, l\u2019administration Thatcher bat son plein, et le march\u00e9 de la cassette vid\u00e9o est en plein essor, avec la controverse des c\u00e9l\u00e8bres \u00ab&nbsp;video nasties&nbsp;\u00bb. Ces films mettaiennt en sc\u00e8ne une ultra-violence et un gore assum\u00e9 et constituaient une d\u00e9fiance criante pour l\u2019establishment d\u2019alors. N\u2019ayant jamais vraiment accept\u00e9 la disparition de sa s\u0153ur il y a longtemps, Enid sera persuad\u00e9e de la voir au d\u00e9tour de sc\u00e8ne d\u2019un r\u00e9cent film d\u2019horreur. Elle va alors chercher \u00e0 se rapprocher de son metteur en sc\u00e8ne, afin de retrouver la trace de sa s\u0153ur disparue. Son esprit tortur\u00e9 aura de plus en plus de mal de discerner le vrai du faux, et elle s\u2019engagera sur une ballade de plus en plus sanglante. Avec son petit c\u00f4t\u00e9 \u00ab&nbsp;Peter Strickland&nbsp;\u00bb, pour le travail sur les sens et la perception, <em>Censor<\/em> devient de plus en plus oppressant au fil des sc\u00e8nes, pour se conclure par un final tout en fureur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cinqui\u00e8me et dernier film de ce jour 2, <em>Ogre<\/em> d\u2019Arnaud Malherbe. Pr\u00e9sent\u00e9 en comp\u00e9tition, le film fut projet\u00e9 \u00e0 la s\u00e9ance de 20H00 \u00e0 l\u2019Espace Lac, et fut pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par la c\u00e9r\u00e9monie-hommage au cin\u00e9aste britannique Edgar Wright qui \u00e9tait pr\u00e9sent. Celui-ci fut pr\u00e9sent\u00e9 par Alexandre Aja, avant de prendre la parole devant un public conquis. Edgar Wright laissa ensuite la place au r\u00e9alisateur Arnaud Malherbe, venu parler de son film, tout en excusant l\u2019absence de la com\u00e9dienne principale, Ana Girardot, absente pour cause de COVID. <em>Ogre<\/em> raconte le nouveau d\u00e9part que prend une m\u00e8re et son fils, Chlo\u00e9 et Jules, partis loin d\u2019un \u00e9poux\/p\u00e8re abusif et violent pour s\u2019installer dans un petit village du Morvan. Chlo\u00e9 est accueillie tr\u00e8s chaleureusement, elle sera la nouvelle institutrice d\u2019une \u00e9cole rouverte pour l\u2019occasion. Dans le village le sujet sur toutes les l\u00e8vres est celui de la b\u00eate sauvage qui r\u00f4de, et s\u2019attaque au b\u00e9tail des agriculteurs. Et peu de temps auparavant, un jeune gar\u00e7on de 8 ans a disparu. Pour Jules, qui souffre de surdit\u00e9, pas de doutes, un ogre erre dans la for\u00eat voisine, c\u2019est lui qui s\u2019en prend aux b\u00eates et qui a enlev\u00e9 le disparu. Arnaud Malherbe prend son temps, on ne peut deviner o\u00f9 il veut en venir. Il d\u00e9veloppe ses personnages, prom\u00e8ne le spectateur entre l\u2019imagination d\u00e9bordante du personnage de Jules (excellent Giovanni Pucci) et les apparitions du monstre. Pour brouiller un peu plus les pistes, il introduit le personnage du m\u00e9decin du village, interpr\u00e9t\u00e9 avec une (trop ?) grande ambigu\u00eft\u00e9 par le com\u00e9dien Samuel Jouy. La surdit\u00e9 de Jules est l\u2019occasion de pure frayeur, le gamin enlevant ses proth\u00e8ses auditives aux moments-clefs. Le film se laisse regarder avec un certain plaisir, mais la fin laisse un go\u00fbt d\u2019inachev\u00e9, \u00e0 force de laisser planer le doute.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>JOUR 3.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Premier film de ce dernier jour, <em>The Innocents <\/em>du Norv\u00e9gien Eskil Vogt. Le spectateur y suit un groupe de jeunes enfants habitants dans une banlieue nordique. Les nouveaux venus vont se m\u00ealer aux r\u00e9sidents, et d\u00e9couvrir qu\u2019ils partagent certains pouvoirs paranormaux. D\u00e8s les premi\u00e8res sc\u00e8nes on ressent le trouble li\u00e9 \u00e0 la cruaut\u00e9 si particuli\u00e8re dont seuls les enfants sont capables. Eskil Vogt capte le malaise, li\u00e9 \u00e0 l\u2019absence de remords qui vient en contradiction compl\u00e8te avec l\u2019innocence suppos\u00e9e des petites t\u00eates blondes. Tous ne sont bien s\u00fbr par malfaisants, mais comme bien souvent dans ce genre de production, c\u2019est le \u00ab&nbsp;m\u00e9chant&nbsp;\u00bb qui marque le plus les esprits. <em>The Innocents<\/em> ne s\u2019embarrasse pas de spectaculaire inutile, il est tout en finesse. La menace est diffuse, elle s\u2019accompagne de rares fulgurances de violence. Le cin\u00e9ma d\u2019Eskil Vogt s\u2019appuie avant tout sur l\u2019\u00e9motion et la suggestion, aid\u00e9 par une distribution irr\u00e9prochable. Mention sp\u00e9ciale \u00e0 la com\u00e9dienne norv\u00e9gienne <em>Alva Brynsmo Ramstad<\/em> qui cr\u00e8ve l\u2019\u00e9cran dans le r\u00f4le d\u2019Anna, la grande s\u0153ur handicap\u00e9e de l\u2019h\u00e9ro\u00efne, et \u00e0 Rakel Lenora Flottum qui incarne le r\u00f4le principal, Ida. Celle-ci alterne le c\u00f4t\u00e9 inexpressif et la spontan\u00e9it\u00e9 naturelle des enfants avec une facilit\u00e9 d\u00e9concertante. Le film fut doublement r\u00e9compens\u00e9 \u00e0 G\u00e9rardmer, avec le Prix de la Critique et celui du Public.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Second film de ce dimanche 30 janvier 2022, le d\u00e9lirant <em>Crabs<\/em>. Projet\u00e9 lors de la Nuit D\u00e9cal\u00e9e, il s\u2019agissait l\u00e0 de fournir un d\u00e9lire digne des pires soir\u00e9es vid\u00e9o de notre adolescence. Et force est de reconna\u00eetre que le film remplit parfaitement sa mission. Dans cette histoire de crabes modifi\u00e9s suite \u00e0 des radiations nucl\u00e9aires, rien n\u2019est mis de c\u00f4t\u00e9. Les com\u00e9diens en font des tonnes, les crabes improbables le disputent \u00e0 la monstrueuse cr\u00e9ature finale, la musique tonitruante c\u00f4toie des dialogues stupides \u00e0 souhait sans le moindre complexe. Peirce M Berolzheimer assume le c\u00f4t\u00e9 d\u00e9lire sans queue ni t\u00eate de <em>Crabs<\/em>, et finalement son film s\u2019av\u00e8re une petite bouff\u00e9e d\u2019oxyg\u00e8ne au coeur de projections plus anxiog\u00e8nes qui font le quotidien du festival.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Troisi\u00e8me film du jour, <em>Eight for Silver<\/em> du britannique Sean Ellis, qui nous avait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9 <em>The Broken<\/em> lors de l\u2019\u00e9dition 2008 du festival. Nous y suivons John McBride, pathologiste appel\u00e9 \u00e0 la rescousse au coeur d\u2019un village de la France rurale \u00e0 la fin du 19\u00e8me si\u00e8cle. Des \u00e9v\u00e9nements surnaturels mettent le village \u00e0 feu et \u00e0 sang, une cr\u00e9ature semble en \u00eatre la cause. L\u2019origine viendrait du massacre de boh\u00e9miens par les notables du village, afin de mettre la main sur leurs terres. Les l\u00e9gendes tziganes auraient ressuscit\u00e9 un monstre carnassier proche du loup-garou. Tant mieux, \u00e0 G\u00e9rardmer on adore les loups-garous&nbsp;! La photographie est r\u00e9ussie, en particulier par temps obscur, dans les brumes qui envahissent la for\u00eat et les mar\u00e9cages au petit matin. L\u2019histoire se construit progressivement, fait le lien avec d\u2019autres ph\u00e9nom\u00e8nes de l\u2019\u00e9poque (la c\u00e9l\u00e8bre cr\u00e9ature du G\u00e9vaudan!), voyage dans le temps (les premi\u00e8res sc\u00e8nes nous montrent la bataille de la Somme, en 1917, puis font marche arri\u00e8re, pour se conclure l\u00e0 o\u00f9 le film a commenc\u00e9). Un r\u00e9cit que les amateurs ont appr\u00e9ci\u00e9, entre bestiaire imaginaire, po\u00e9sie et mal\u00e9diction.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0, c\u2019en est fini de ce tour d\u2019horizon de la 29\u1d49 \u00e9dition du Festival International du Film Fantastique de G\u00e9rardmer. En renouant avec son public, la manifestation a prouv\u00e9 qu\u2019elle n\u2019a rien perdu de son pouvoir d\u2019attraction. Avec 40&nbsp;000 spectateurs, le festival a retrouv\u00e9 les chiffres de l\u2019ann\u00e9e 2020, et confirme sa place au coeur du genre. Les spectateurs ont progressivement quitt\u00e9 la Perle des Vosges, et pensent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la prochaine \u00e9dition. La 30\u1d49, qui devrait nous r\u00e9server bien des surprises\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u00e9r\u00f4me MAGNE<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Perle des Vosges rouvre ses salles aux amateurs de sensations fortes. L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, le festival s\u2019\u00e9tait trouv\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 un adversaire de taille, le COVID. La pand\u00e9mie s\u2019\u00e9tait install\u00e9e durablement dans nos vies, et avait failli priver les amateurs de films de genre de leur frisson annuel. C\u2019\u00e9tait sans compter sur la volont\u00e9 des&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.moviescope.fr\/?p=104\">Poursuivre la lecture <span class=\"screen-reader-text\">29\u00e8me Festival International du Film Fantastique de G\u00e9rardmer<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":110,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-104","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-uncategorized","entry"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.moviescope.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Gerardmer-2022-1.jpeg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.moviescope.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/104","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.moviescope.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.moviescope.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.moviescope.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.moviescope.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=104"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.moviescope.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/104\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":109,"href":"https:\/\/www.moviescope.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/104\/revisions\/109"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.moviescope.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/110"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.moviescope.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=104"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.moviescope.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=104"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.moviescope.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=104"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}